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Commissariat : Jérôme Dupeyrat

Publiée pour la première fois en 1905, la classification décimale universelle (CDU) est un système de classification des connaissances mis au point par Paul Otlet et Henri La Fontaine.

Tout comme la classification décimale de Dewey, qui lui servit de base, elle est l’une des plus utilisées dans les bibliothèques. Elle permet d’y répartir les ouvrages en dix catégories numérotées de 0 à 9, qui peuvent elles-mêmes être spécifiées par une notation décimale et un recours à des signes de ponctuation permettant de déterminer des classes et des sous-classes.

 

En soi rationnel et rigoureux, ce système présente toutefois une sorte d’anomalie depuis les années 1960, période à laquelle la classe 4, autrefois consacrée à la linguistique, a été transférée dans la classe 8 (Langue, Linguistique, Littérature) sans être réattribuée. Ainsi la classe 4 est-elle « actuellement inoccupée », comme l’indiquent les manuels de présentation de la CDU.

 

Le paradoxe de ce transfert est que cette quatrième classe est tout de même opérante dans le système classificatoire auquel elle appartient, puisque ce dernier est bien organisé selon un principe décimal même s’il ne reste plus que neuf classes principales usitées. Bien que la classe 4 n’ait pas d’usage concret dans les bibliothèques, elle n’est donc pas à proprement parler inexistante, mais plus exactement vacante. En d’autres termes, elle existe en tant que potentialité, bien que restant vide de toute substance qui pourrait rendre cette existence tangible.

 

Selon une logique analogue, l’exposition La quatrième classe réunit diverses propositions artistiques liées au livre et à l’édition (livres d’artistes, pageworks, œuvres se référant à un livre, interventions ayant la bibliothèque ou la librairie comme site), qui ont en commun de donner corps à des réalités discrètes ou inframinces dont l’existence procède d’une absence, et la substance d’une vacance.

Ces œuvres se fondent sur la matérialisation du vide, sur la désignation paradoxale de choses non perceptibles, sur l’effacement ou sur la soustraction. Chacun de ces gestes a des implications artistiques et politiques spécifiques mais ils ont en commun une économie esthétique qui conjugue le conceptuel au sensible en faisant apparaître ce dernier là où il n’y a pas ou plus ce qui pourrait s’y trouver.

 

Au-delà de la référence qui a été le point de départ de ce projet, s’il est ici question de livres, c’est aussi parce que ceux-ci sont par excellence des objets qui ont tout à la fois la capacité de rendre perceptible et de maintenir absent. En tant qu’artefact, tout livre, et plus largement tout imprimé, inscrit en effet un contenu à la surface de ses pages, et le rend ainsi palpable. Mais en tant qu’œuvres, les livres renvoient simultanément à des réalités plus vastes, quant à elles absentes ou différées, car ce qu’un livre signifie, ce à quoi il renvoie, ce qu’il offre à l’interprétation, n’est jamais réductible à ce qui y est physiquement présent et tangible.

Jérôme Dupeyrat

EN

La quatrième classe (The fourth class) with Robert Barry, Daniel Buren, Julie Marie Cazard, herman de vries, Amélie Dubois, IKHÉA©SERVICES, Jonathan Monk, Claire Morel, Julien Nédélec, Conny Purtill, Yann Sérandour, Laurent Sfar, Nick Thurston

Curator: Jérôme Dupeyrat

Published for the first time in 1905, the universal decimal classification (UDC) is a knowledge classification system developed by Paul Otlet and Henri La Fontaine. Like the Dewey classification system, on which UDC is based, it is widely used in libraries. The system assigns works to ten categories numbered from 0 to 9, which can themselves be further characterised by a decimal notation or using punctuation signs which determine classes and sub-classes. In itself rational and comprehensive, this system has nonetheless exhibited a kind of anomaly since the Sixties. It was at this time that the 4th class, previously reserved for Linguistics, was transferred to the 8th class (Language, Linguistics, Literature) without being re-attributed. As described by the UDC presentations, the 4th class is ‘currently unoccupied’. The paradox with this transfer is that even if only 9 of the classes remain in common usage, this 4th class is still active within the classification system to which it belongs (since the latter is well organised according to a decimal principle) .

Although the 4th class doesn’t have a concrete usage in libraries, it is not strictly speaking non-existent, but more precisely vacant. In other terms, it exists by virtue of its potential, though remaining empty of any substance which might make this existence tangible. According to an analogous logic, the exhibition La quatrième classe brings together diverse artistic propositions linked to books and publishing (artists’ books, pageworks, works making reference to books, creations with libraries or bookshops as sites) which have in common the fact that they make concrete discrete or inframince realities whose existence is borne of absence and the substance of a void. These works are based on the materialisation of the void, on the paradoxical assignment of imperceptible things, on erasure or subtraction. Each of these gestures has specific artistic and political meanings but they all have in common an aesthetical economy which fuses the conceptual and the perceptible by making the latter manifest where there is nothing or no longer what may have existed.

Besides the reference which was the starting point of this project, if books are treated as subject, it’s also because books are par excellence objects which have the capacity to make perceptible while simultaneously remaining absent. As an artefact, every book, and more widely every print, inscribes a content on the surface of its pages and thus makes it palpable. But in so far as they are works of art, the books refer simultaneously to more vast realities, themselves absent or deferred, since what a book signifies, what it refers to, what it offers for interpretation can never be reduced to what is present and tangible.

 

 
Jérôme Dupeyrat