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Pop-Up, Non Pop-Up
June 13 — July 31, 2015
Photo © Aurélien Mole, Galerie Florence Loewy
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FR

Les catalogues de vente par correspondance sont des objets fascinants. D’une page à l’autre, ils semblent s’atteler à la tâche folle de dénombrer l’ensemble des choses de ce monde : objets pratiques, objets si communs qu’on les remarque à peine, objets étonnants, objets un peu honteux, liés à toutes les parties du corps, gadgets inutiles. Source intarissable de réponses aux besoins de consommation de la vie moderne, ils forment une sorte d’encyclopédie de notre monde, dans son aspect le plus matériel.

Sara MacKillop est, depuis longtemps, sensible au charme de ces inventaires un peu grotesques. Non sans humour, elle aime à souligner leurs paradoxes : à mi-chemin entre le livre et le flyer publicitaire, les catalogues sont à la fois éphémères et pesants. Ce sont des objets qui deviennent si vite obsolètes qu’on les dirait à peine faits pour être lus. À l’instar de Hans-Peter Feldmann dans son livre Album paru en 2008, Sara MacKillop arrête son regard sur les pages de ces catalogues, comme pour les sauver d’un oubli auquel leur nature même les condamne. Et c’est tout l’art de la mise en valeur d’objets du quotidien qui se révèle alors : compositions recherchées, couleurs attirantes, arguments de vente éculés et pourtant toujours répétés (£9,99 !). Mais c’est surtout cette suite infinie et obsédante d’images d’objets sans qualités qu’elle isole dans toute leur littéralité. On trouve chez elle comme chez Feldmann le même attachement pince-sans-rire à l’appropriation des images produites dans un contexte non artistique, mais qui constituent la représentation que notre monde se donne de lui-même. 

Pour sa deuxième exposition personnelle à la galerie, Sara MacKillop emprunte la forme du pop-up pour élever ces pages de catalogues au rang de sculptures. Au fil de son cutter, ce sont des crayons, des imprimantes, des sacs en plastiques qui semblent reprendre un peu de leur volume d’objets en se détachant de la page. Elle se moque de la virtuosité à laquelle ont pu prétendre certains maîtres du genre en faisant sienne avec malice la règle d’or du pop-up : celle de tirer d’une seule page l’ensemble de sa sculpture de papier, sans ajout. Lorsqu’elle scanne ses images, Sara MacKillop conserve volontiers les traces de la matière du papier d’origine, jouant de la mauvaise qualité des papiers et des impressions des catalogues de vente. Ainsi les Miroirs, reproductions sur papier de photographies de miroirs issues du catalogue Argos (l’équivalent populaire de La Redoute en France), laissent transparaître dans leur reflet l’envers de la page. Agrandis à la taille de l’objet réel qu’ils représentent, ils révèlent leur trame d’impression – points ou pixels ; car Sara MacKillop a désormais étendu ce travail au site web de la marque, et compare l’effet esthétique obtenu par la déformation des uns et des autres.

Si Sara MacKillop montre une prédilection pour les catalogues de papeterie, c’est notamment parce que les nuanciers de couleurs, les arrangements de crayons, de rouleaux de scotchs et de papiers y forment des compositions particulièrement intéressantes. La sculpture Pen Fence, reproduction sur carton d’images de crayons et de feutres surdimensionnés, semble porter l’étendard d’un épanouissement de soi par le loisir créatif ; tandis que dans la vitrine de la galerie, quelques petites traces de feutres colorés imprimés sur vinyle transparent, prélevées dans un nuancier de catalogue, attirent l’œil du passant comme une touche de peintre qui ferait ses essais de couleur.

Le travail de Sara MacKillop revient inlassablement sur les mêmes éléments : articles de papeteries, livres, pochette de disques. Des ces outils de communication, elle évacue le discours pour n’en garder que la matière. Avec le recul qu’on retrouve dans le dépouillement de ses œuvres et de ses expositions, elle observe, s’amuse et cite, englobant dans sa critique les objets comme les stratégies employées pour les mettre en valeur. Tout comme le Gift Wrapping Paper, qui serait un simple ready-made si l’artiste n’avait pas patiemment ré-enroulé sur l’envers l’intégralité du rouleau de papier, elle nous invite à regarder les choses « au verso », là où le motif laisse place à la matière.

Camille Azaïs

EN

Mail-order catalogues are fascinating objects. From one page to the next, they seem to tackle the insane task of listing all of the things in this world: practical objects, objects so common that we barely notice them, surprising objects, somewhat shameful objects, connected to all parts of the body, useless gadgets. An inexhaustible source of answers to the consumer needs of modern life, they form an encyclopaedia of the world through its most material aspect.

Sara MacKillop has long been sensitive to the charms of these mildly grotesque inventories. Not lacking in humour, she likes to highlight their paradoxes: part book and part advertising leaflet, catalogues are both ephemeral yet heavy. They are objects that so quickly become obsolete they are barely made to be read. Like Hans-Peter Feldmann in his book Album published in 2008, MacKillop’s gaze lingered on the pages of these catalogues, as though to save them from the oblivion to which their very nature condemns them. The whole art of showcasing ordinary objects is thus revealed: the compositions worked out in detail, attractive colours, and hackneyed sales pitches that are nonetheless consistently repeated: £9.99! But it is above all this infinite and obsessive succession of images of unappealing objects that she isolates in all of their literality. In her work, as in Feldmann’s, we find the same deadpan attachment to the appropriation of images produced within a non-artistic context, but that constitute the representation that our world gives itself. 

For her second solo exhibition at Gallery Florence Loewy, Sara MacKillop borrows the form of the pop-up to elevate these catalogue pages to the ranks of sculpture. As she manoeuvres her cutter, items such as pencils, printers and plastic bags appear to recover some of their volume through their detachment from the page.  She appropriates the virtuosity that certain masters of the genre have laid claim to, by mischievously making the golden rule of pop-ups her own: that of getting all of one’s paper sculpture out of a single page, with no add-ons. When she scans her images MacKillop deliberately conserves the traces of the texture of the original paper, making use of the poor quality paper and printing of sales catalogues. Hence the Mirrors, reproductions on photographic paper of mirrors from the Argos catalogue, enable the other side of the page to show through in their reflection. Enlarged to the size of the real object, they reveal their dithering – dots or pixels – because MacKillop has since extended this work to the brand’s website, and compares the aesthetic effect obtained by the deformation of the various formats.

If Sara MacKillop demonstrates a predilection for stationary catalogues, it is notably because the shades of colours, the arrangements of pencils, rolls of scotch tape and paper form particularly interesting compositions. The sculpture Pen Fence, a reproduction on cardboard of images of oversized pencils and felt-tip pens, appears to be a standard-bearer for self-fulfilment through creative hobbies whereas in the gallery display window, Marks, a few small traces of coloured felt-tip pens printed onto transparent vinyl, sampled among a catalogue’s colour chart, draw the eye of passers-by like a painter performing colour tests.

Sara MacKillop’s work returns tirelessly to the same elements: stationary items, books and album covers. From these communication tools, she evacuates the discourse and retains only the material. With the same distanciation that we also recognise in the paring down of her artworks and exhibitions, she observes, plays, and cites, encapsulating within her critique both the objects and the strategies used to showcase them. Just as with Gift Wrapping Paper, which would have been a simple ready-made had the artist not patiently re-rolled the whole roll inside out, she invites us to see the “overleaf” of things, precisely where the motif makes way for the material.

Camille Azaïs