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Sara MacKillop Double Glazed + Selection #10 by Luca Lo Pinto
November 10 — January 12, 2019
FR

Questionnaire

Comment crée-t-on une image ? Y’a-t-il jamais une limite à ce qu’elle peut être, ou à ce qu’elle peut faire ? Où se situent ses frontières, quels sont ses cadres – ses dehors et ses dedans –, ou plutôt quels sont ses flux ? Comment conçoit-on une image, et à travers quel type de lentilles ? Mais aussi, que peuvent-elles tenir à l’écart ? Il y a une différence entre ce que l’on ne peut pas voir et ce que l’on ne veut pas voir, ou encore ce que l’on prend pour tel par erreur. La question est ainsi de savoir à quel ensemble de conditions diverses tient le devenir de l’art : et de même pour sa réception, sa production, son sens. Une promesse ? Une fiction véritable ? Un échange réciproque ? Mais que dire alors du manque ? Comment est-ce que l’idée du manque, de la dette ou de la dépense, peut-elle s’inscrire au sein même de l’œuvre, et qu’en est-il de ses affects ? Que dire de la matérialité d’une pièce, en tant que chose ? Quand on regarde les matériaux d’une œuvre d’art, quelles traces font-ils apparaître, qu’indexent-ils, que dissimulent-ils même ? Par exemple, que dire de l’effort – aussi bien dans la production de matériaux que l’effort artistique appliqué sur ceux-ci ? La forme et l’aliénation de la marchandise ? Quel ensemble de relations sociales y est inscrit en tant qu’histoire ? En tant que temporalité et que mémoire ? Comment la forme obstrue-t-elle le contenu ? Ou plutôt, quel type de contenu peut-on extraire de la forme par le biais de son devenir, de son activation (la création artistique) et de sa réception ?

 

Il est question de la diffusion, de l’acte. Quand nous regardons des images, des photographies ou des procédés de reproduction, nous regardons certes des informations incorporées, mais des informations qui sont ni stables ni sédentaires, non-affirmatives, et qui circulent, en particulier lorsque ces images et surfaces sont barrées, reflétées, collées, rendues illisibles, obscurcies, triées, pressurées, ou blanchies par le soleil. Alors d’où vient l’énergie ? Comment peut-on parler de ces procédures à l’échelle de la représentation quand cette dernière est elle-même sous effacement, oblitérée ? Quel type de négativité est-ce que cela produit ? S’agit-il d’une économie politique de l’abysse ? Une sorte de violence picturale nocive, une forme d’auto-vandalisme ? Ou, comme autre façon de participer collectivement à la production d’une image, est-ce en fait d’autres façons de voir le travail et de travailler contre lui, de la création à la réception, que cette prétendue violence engendre ? Renoncement visuel par gain relationnel ? On en revient toujours au travail du travail. Non ?

David Bussel

EN

Questionnaire

How do you make an image? Is there ever a limit to what it can be or do? Where are its borders and what are its frames–outsides and insides–or rather its flows? How do you conceive an image and through what kind of lens? But equally, what might that lens occlude? There is a difference between what you can’t see and what you don’t want to see, or, moreover, what you misrecognise as such. The question, thus, is what are the collectively diverse conditions for art’s becoming and what are the collectively diverse conditions for its receivership, its production and its meaning? A promise? A true fiction? A mutual exchange? But then what about lack? How can lack or debt or expenditure be inscribed internally in the work and what of its affects? What about a work’s materiality as a thing? When you see the materials that produce a work of art what traces do those materials make present, index or even hide? What about labour for example–both the production of materials and the artistic labour enacted upon them? The commodity form and alienation? What set of social relations are inscribed here as history? As time and memory? How does form obscure content? Or rather, what kind of content can we extract from form through its becoming, through its activation (the making of art) and its reception?

 

This is about circulation, the act. When we look at images, photography or reproductive process, we are looking at embedded information but information that circulates, that is not stable or sedentary, non-affirmative, especially so when images and surfaces are blocked, reflected, taped, made illegible, obscured, screened out, imposed or bleached by the sun. So where does the energy come from? How can we speak about these procedures on the level of representation when representation itself is under erasure, effaced? What kind of negativity is produced? Is it a political economy of the abyss? A kind of pictorial violence that hurts the image, a form of self-vandalisation? Or does that so-called violence actually engender different ways of seeing, of working against the work, from inception to reception, as a different way to collectively participate in image-making? Visual forfeiture through relational gain? It’s all about the work of the work. No?

David Bussel